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Frères et Soeurs,
Mourir, c'est rencontrer le Seigneur... Rencontrer l'Éternel,
dont il nous a si souvent parlé, ce fut le désir, l'objet de
l'espérance qui anima toute la vie de notre frère Jean Gagnon.
C'est la réalité qu'il vit en plénitude maintenant et pour
l'éternité!
Cette rencontre de notre frère Jean avec son Créateur, il nous
est
impensable de songer à la décrire, car c'est une réalité qui
nous dépasse...
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Il a vécu tellement d'événements tout au long des soixante-neuf
années qu'il a passées avec nous! Et nous n'en savons que ce
qu'il a bien voulu nous révéler... Il nous manque probablement
l'essentiel...: ce qu'il a vécu lui-même face à ses frères
dominicains, aux nombreuses personnes qu'il a rencontrées sur sa
route, et surtout, face à Dieu.
Il y a eu des moments qui l'ont fait grandir, qui l'ont fait
mûrir et qui
ont sûrement été les points tournants de sa vie... Des moments
qui, en fin de compte, l'ont rapproché de l'essentiel: Dieu,
l'Éternel... C'est dire que cette rencontre a sûrement été
joyeuse et gratifiante...
Aujourd'hui, il s'agit, sans doute, de faire nos adieux à Jean,
mais aussi et surtout, de nous arrêter, de réfléchir sur sa vie
et de nous rappeler ce que nous avons vécu avec lui, afin d'y
mieux percevoir les valeurs qui lui ont donné toute sa qualité
et qui en font pour nous un ultime message sûrement capable
d'inspirer notre propre vie... Oui, toute vie contient un
message..., et celui que Jean nous donne est important !
C'est, d'ailleurs, en pensant à lui, à ce qu'il était... à ce
qu'il s'est
toujours efforcé de devenir, et à ce que le Seigneur l'a invité
à vivre de façon concrète, que je me suis rappelé les deux
textes de la Parole de Dieu qui viennent de nous être
proclamés...
Lorsque j'entends Job nous dire sa certitude que son Rédempteur
est vivant, qu'il le rencontrera un jour et qu'il ne sera pas
pour lui un étranger, je reconnais facilement chez notre frère
Jean, l'homme tout d'une pièce qui, dès l'âge de 21 ans, a
décidé de mettre sa confiance dans le Christ, de le suivre à la
manière de saint Dominique , et s'est engagé
inconditionnellement, par sa profession religieuse, sur la route
que le Seigneur lui a indiquée tout au long des quarante-sept
années qui ont suivi...
Je pense aussi à Jean, en relisant cette page de l'Évangile de
Marc, qui nous rappelle le moment où Jésus, appelant les douze
apôtres, place un enfant au milieu d'eux et leur dit: «Celui qui
accueille en mon nom un enfant comme celui-là, c'est moi qu'il
accueille; et celui qui m'accueille, ce n'est pas moi qu'il
accueille, mais celui qui m'a envoyé.»
Comment oublier, en effet, que, depuis le 4 avril 1964, jour de
son
ordination presbytérale, et surtout dès la fin de sa formation
théologique, en 1966, c'est aux jeunes qu'il consacre le
meilleur de lui-même.
D'abord, comme directeur du service de pastorale et professeur
de catéchèse au Centre d'Orientation et à l'Institut
Clair-Séjour, un centre spécialisé pour jeunes, sous la
direction des Soeurs dominicaines d'Étrépagny. De plus, on fait
appel à lui, comme professeur de psychologie religieuse à
l'école de psycho-éducation du Québec, comme consulteur pastoral
en psychiatrie infantile à l'Hôpital Ste-Justine, comme
directeur du service d'assistance à l'éducation de la foi des
inadaptés, et directeur du service de pastorale, à l'École
Ste-Anne de Rosemont, au Pensionnat Mont-Jésus-Marie
d'Outremont, à l'Académie Lafontaine de St-Jérôme, et à l'école
St-Joseph de Ste-Adèle.. Je ne nomme, ici, que les principales
institutions où il a oeuvré, entre 1966 et 1997.
À partir de 1994, tout en continuant à alimenter les liens
d'amitié avec
ceux et celles qu'il a fréquenté(e)s durant les premières années
de son ministère, il s'oriente davantage vers les adultes,
spécialement ceux et celles qui cheminent en analyse
transactionnelle et ont besoin d'être accompagné(e)s dans leur
démarche.
De plus, il se rend disponible pour assister les aumôniers de
quelques
communautés religieuses, spécialement celle des Soeurs
Missionnaires de l'Immaculée Conception et celle des Saints Noms
de Jésus et de Marie. Sans oublier ses frères dominicains du
Sanctuaiore Saint-Jude, sur la rue Saint-Denis, qu'il aide
volontiers pour la prédication et le sacrement du pardon, à
l'occasion des fins de semaine.
Évidemment, le frère Jean, ayant quelques loisirs, n'a pas
hésité à
investir, comme bénévole, au Musée ferroviaire canadien de
Saint-Constant, où il s'est fait de nombreux amis, et au club
des Amis des Tramways de Montréal, de qui il est tellement
apprécié, qu'on l'a nommé aumônier du club.... «pour
l'éternité»..
Jean est un frère qui a vécu la plus grande partie de sa vie
religieuse ici, dans ce couvent, qu'il aimait particulièrement.
Pour nous, ses frères, il sera toujours présent dans notre
mémoire et dans nos coeurs, car nous partageons plusieurs beaux
souvenirs de lui, de son implication généreuse dans la vie de
notre Communauté, de nos longs et fructueux échanges fraternels
avec lui, de son attitude pastorale. Dans sa manière de présider
nos célébrations liturgiques et ses homélies, il avait le don de
nous rejoindre, tellement ses intuitions étaient originales et
profondes, en même temps que concrètes. Hier soir, à la veillée
de prière, beaucoup de ses anciens élèves sont venus nous dire à
quel point ils lui étaient redevables de leurs convictions
religieuses. L'un d'eux me disait: «grâce au Père Jean,j'ai
appris à aimer la Bible. Il ne nous l'a pas lue, il nous l'a
racontée... Et moi, je ne l'ai pas oubliée...»
Le frère Jean avait aussi le charisme de l'accueil. Il était
toujours
disponible et, de ce côté, il nous donnait l'impression d'avoir
perdu la
notion du temps, tellement il était soucieux d'écouter, de
comprendre, et d'amener les personnes à se prendre en main, à
grandir, à réaliser
pleinement le rêve que l'Éternel avait pour elles. Disciple
inconditionnel
du frère Noël Mailloux, fondateur de la faculté de psychologie
de
l'Université de Montréal et de réputation internationale, il
connaissait
bien la psychologie religieuse. Ses concepts étaient clairs et
il savait les utiliser à bon escient.
Avec le frère Jean, la vie fraternelle ne connaissait
pratiquement pas de ratés... Il avait le verbe conteur... Il se
prêtait volontiers à nos
taquineries, qu'il savait fort bien nous retourner... Il était
aussi
impressionnant et confortable dans ses habits: ceux de saint
Dominique... et ceux de Saint Constant (je pense, ici, à son
costume de chauffeur de locomotive et de tramway). . Et que
d'autres choses encore, qui nous le rendaient si attachants!....
Les liens physiques qui nous rattachaient à Jean sont maintenant
rompus. C'est le temps de la mémoire qui commence! Que celui qui
vient de nous quitter physiquement ne soit pas seulement un
souvenirdans notre mémoire, mais bien une présence!... Il a
tellement semé en nous!
Puisse sa vie être, pour chacun et chacune d'entre nous, source
de foi, d'espérance et d'amour! Qu'elle soit certitude,
sérénité, persévérance!
En célébrant cette Eucharistie, remercions le Seigneur de ce
qu'il nous a été donné de vivre avec lui et grâce à lui. Amen
Montréal, le 18 janvier 2006 Guy Pelletier, O.P.
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